Production : Takju Corp – Busan – Corée du sud
Musique : Etienne de la Sayette
Réalisation : Kim Ji-Gone
Année : 2024
À Busan, une route traverse quatre arrondissements centraux – Seo-gu, Jung-gu, Dong-gu et Busanjin-gu – offrant des vues imprenables sur la ville. On l’appelle Mangyang-ro, littéralement « la route pour contempler l’océan ». Pourtant, les habitants la connaissent depuis longtemps sous un autre nom : Jungbok Road. Plutôt que d’expliquer l’origine de ces noms, « Forget the Ocean, When We Look at the Ocean » s’intéresse à la vie de ceux qui habitent cette rue, retraçant les émotions qui imprègnent ses espaces et les traces silencieuses laissées par le temps. Le réalisateur Kim Jigon poursuit le travail entamé avec sa série « Grandma » vers 2010, documentant le quotidien et les espaces de vie des femmes âgées de ce quartier. Ici, la rue devient une archive vivante et sa caméra, un moyen d’en préserver la mémoire. Grâce à des plans méticuleusement composés et un montage raffiné, les modestes pharmacies, salons de beauté, blanchisseries, ateliers de réparation de clés et studios photo qui bordent Mangyang-ro se révèlent avec la précision et la résonance d’un poème. Ensemble, ces éléments du quartier forment une composition visuelle harmonieuse – un portrait discret mais profondément évocateur du lieu. À l’heure des changements incessants et de l’accélération de la mondialisation, le film pose une question cruciale : peut-on préserver son identité tout en restant attaché à son lieu et à sa communauté ? La réponse semble de plus en plus incertaine. Rendant un hommage discret au vieillissement et aux strates du temps qu’il incarne, « Forget the Ocean, When We Look at the Ocean » reste fidèle au rôle fondamental du documentaire comme témoignage de l’existant – tout en constituant un acte de résistance subtil mais ferme contre l’idéologie du développement coréenne, obsédée par l’effacement de l’ancien et son remplacement par le nouveau.